Support et texte de la présentation

Texte de l'intervention (enfin presque)
Si j'ai intitulé pompeusement mon intervention des 30 prochaines minutes : 7 ans au Tibet, ou les tribulations d'un ingénieur pédagogique au pays du e-learning, c'est que l'expérience que je vais partager avec vous a effectivement commencé  il y 5 ans et se terminera en 2016, soit bel et bien une durée de 7 ans.

Je dirai en fait 7 ans et plus pour les amateurs de symbolique.

Mon voyage dans le eLearning a commencé toutefois le 16 août 2000, je m'en souviens c'était un mercredi. En fait je ne me souviens pas, mais c'est ce qui dit mon calendrier et en plus c'est la veille de mon anniversaire.

Je travaillais alors pour un établissement de formation professionnelle l'ERACOM pour Ecole Romande des Arts et de la Communication. Notre directeur venait de recevoir des sous.

Non, plus de sous que cela

Pas autant tout de même.

Voilà. Quelques dizaines de milliers d'euros qu'il avait reçu l'ordre de dépenser pour développer des pratiques dans un domaine dont il ne comprenait pas même le terme : eLearning.

En fait, lors de la réunion de direction de rentrée académique fin août, à laquelle j'ai été convié personne ne savait de quoi il s'agissait, tandis que moi...  ... non plus.

Le camarade général directeur a dit d'un ton démocratique à en faire abdiquer plus d'un roi espagnol : "faites comme vous voulez dépensez tout, mais faut que ça marche que ce soit utile et que ça t'apporte. Vous avez carte blanche".

Alors on a pris la carte blanche, on a mis nos blouses blanches, nos lunettes blanches de laboratoire - en fait ont était tous jeans et en t-shirt - et on a commencé avec une canne blanche, car dans le royaume du e-learning nous étions alors tous aveugles sauf l’un d'entre nous qui était un peu borgne, mais pas beaucoup.

On a cherché sur le web et on a trouvé en quelque seconde un LMS un learn machin system - comme le nommait alors notre directeur. Ca s'appelait Ganesha, en fait s'a s'appelle toujours comme ça, mais en version 4 au jour d'aujourd'hui

On a installé le learn machin système. Bien entendu ça n'a pas marché du premier coup, mais on est arrivé pour finir devant un écran qui nous demandait un nom et un mot de passe.

Avant d'entrer, on ne savait pas ce que l'on allait trouver. On pensait que peut-être le Graal s'y trouverait. Que le système allait nous créer des cours qui seraient alors hop disponibles sur le web. La révolution numérique quoi.

On est entré..... et c'était vide.

Mais allo quoi on s'est dit. Tu passes des plombes à installer un truc pour enseigner à distance et y a rien dedans. Mais allo quoi

Les semaines qui ont suivi ont été intenses en

perplexité

en brainstorming

Et rapidement on a eu une idée géniale. On va mettre tous les supports de cours qu'on donnait aux étudiants en format numérique. On alors pris tous les documents word / excel / pauvre point des enseignants et on les a mis sur Ganesha. Les polycopiés dactylographiés on les a scannés et on les a mis sur Ganesha.

On était heureux, fiers d'avoir fait du eLearning. Et le 7ème mois on se reposa

Toujours en autodidacte on a appris de nos erreurs et on a été un peu plus loin dans notre démarche en proposant des questionnaires en ligne. Mais entre-deux l'école d'ingénieurs qui étaient hébergés dans notre bâtiment avait montré son logiciel de eLearning et notre directeur, pour être politiquement correct, passa commande et imposa la nouvelle religion à tous et nous recommençâmes depuis zéro.

Notre groupe s'est développé et nous sommes entré pendant plusieurs années dans le monde du multimédia et avons développé à prix d'or des animations de tous types qui nous prenaient plusieurs mois de développement et que les étudiants, quand ils déniaient les regarder le faisait en moins de 10 minutes, questionnaire de compréhension compris.

On pensait que ces jeunes « ils ne respectent rien ils n'ont rien compris et que nous on était l'avenir».

C'est en 2004 que Dieu m'est apparu et que j'ai suivi sa religion Moodle sans faillir depuis.

Il y avait quelque chose de plus dans Moodle que les autres n'avaient pas : un modèle pédagogique. Et c'est à force d'utiliser Moodle que j'ai commencé à comprendre qu'on pouvait faire autre chose qu'une boîte de ressource avec une plateforme LMS.

Cette révélation confrontée avec un apprentissage constant des "activités" de Moodle plus que des "ressources" m'a poussé à me questionner sur ce que j'avais fait depuis 10 ans. Le constat était sévère.

J'ai alors décidé qu'il fallait que je parte au Tibet pour 7 ans afin de découvrir le côté académique du eLearning. Il a fallu trouver un guide et à force de recherche il s'est avéré clair que l'expérience de l'OpenUniversité, ses professeurs et sa renomée pour la formation à distance, qu'il ne faisait aucun ne doute que ce soit là que je devais aller.

De créateur de contenu eLearning ou numérique, je suis devenu consommateur, étudiant.

Donc : critique odieux désagréable mécontent et de mauvaise fois. Un étudiant quoi.

Et c'est à ce moment que j'ai commencé à comprendre ce que mes étudiants ou ceux qui avaient dû utiliser les outils que nous avions créés avaient souffert.

Tout d'abord tout se fait en ligne. On découvre au Tibet à travers les forums qu'on est membre d'un groupe, qu'on va travailler ensemble, mais à la fin on est réellement seul devant sa pierre.

La route semble longue

La forteresse de la connaissance imprenable, inexpugnable

J'étais plein d'attentes en entrant dans l'entre du eLearning, dans le chantre de la connaissance académique en la matière.

En en fait qu'y ai-je découvert : du texte, du texte et encore du texte.

Quelle a été donc ma première préoccupation : Imprimer. Tout. Et stabylobosser ce qui était important. J'avais tantôt essayé de faire ça sur l'écran, mais le typex ça couvre bien les fautes sur l'écran, le stabilo, ça ne reste pas.

Donc retour au papier.

Les stats montrent que 80% des étudiants impriment leurs cours. C'est en baisse, mais quand même.

J'y étais inscrit pour un parcours de 3 ans qui m'amènerait à un Master in Online and Distance Education, ça c'est fait, puis un doctorat, toujours en ligne, toujours dans le eLearning, sur les pratiques professionnelles liées à l'usage des ePortfolio. Ca c'est en cours.

Alors tout ça pour ça. Tout ça pour avoir des pages de texte, un cours à lire seul dans mon coin ?

En fait pas tout à fait.

Il y a rapidement un point qui se dégage des cours de l'OU. On y enseigne ce qu'on y fait

Les cours sont structurés autour d'activités

Les activités sont clairement construites par niveau de difficultés grandissantes

La durée de ces activités sont clairement indiquées si bien que je sais si et quand je peux engager avec l'une ou plusieurs d'entre-elles.

Les attentes en terme d'objectifs sont clairement indiquées

Le travail sur les activités ne reste jamais ou rarement personnel, mais est constamment soumis à la discussion avec les pairs

Le cours est créé par des personnes respectables qui font référence dans la discipline

Pourtant aucun ne donne le cours

Le cours est gardé par des tuteurs, dont le pedigree n'a parfois rien à envier aux mentors qui ont créé le cours

Les ressources à dispositions des étudiants sont de qualité et à portée de clic

Toutefois cela n'empêche pas les frustrations parfois devant la pléthore d'information qu'il faut être capable de gérer

Le fait qu'un illettrisme numérique ou une faible accointance avec la chose digitale peut être fatal

Mais souvent c'est le groupe qui permet à chacun de trouver sa voie et plus de 80% des étudiants arrivent aux objectifs fixés, c'était le cas dans ma volée en tous cas.

C'est aussi l'occasion de rencontrer des personnes avec des difficultés ou disabilities comme disent les Anglo-saxons et que nous nommons encore trop facilement handicapés dans notre langue.

Lors de ces cours notamment avec celui nommé H808 eLearning and disabilities, j'ai compris que c'est l'environnement qui met une personne en difficulté de faire quelque chose en fonction de son état et non son état lui-même. Et la technologie permet cela.

Ce moodlemoot est placé sous le thème de l'accessibilité. Certains pays en font une obligation légale qui peut conduire à ceux qui n'offrent pas l'accès à tous et toutes, quelle que soit leur condition intellectuelle ou physique, à payer des amendes et à devoir se mettre au pas sans délai.

J'ai appris que ce n'est pas de faire quelque chose qui est réellement formateur, mais de partager sa réflexion sur «le faire».

En résumé, qu'est-ce que je retiens de ce séjour au Tibet ? En quoi cette pratique d'étudiant a modifié la manière dont je conçois aujourd'hui une formation en ligne ou à distance.

Tout d'abord c'est mon expérience et loin de moi de l'investir en norme.

Personnellement je pense que :

Une formation en ligne passe tout d'abord par la fixation d'objectifs de formation

Ensuite par la création d'un scénario pédagogique basé sur des activités

Ces activités doivent comprendre des moments d'échange, de construction du savoir ensemble, après un travail individuel ou déjà collectif

Les activités demandent des ressources qui doivent être accessibles à tous    plus de document word qu'il faut ouvrir dans un logiciel que peut-être l'étudiant ne possède pas     plus de pdf qui peuvent embrouiller des outils de lecture à haute voix pour les "visual impair" les mal voyants,     mais des pages web, bien formées, et respectant les normes du W3C en la matière     des ressrouces alternatives - sous-titre dans les vidéos - transcript des fichiers audio

Des activités clairement définies dans le temps qu'il faut pour les mener à bien

Les élèves ne sont pas friands de multimédia, des études le montrent, mais ils veulent des ressources accessibles, claires et à jour.

Il n'est pas nécessaire d'être un expert dans un domaine pour donner un cours, mais il faut que le cours soit créé par des experts.

Donner le cours nécessite des compétences qui ne sont pas forcément liées à la matière. Et à ce sujet il faut peut-être lire ou relire le modèle d'engagement du eLearning en 5 niveaux proposé par Gillian Salmon.

Il faut que les tuteurs soient des dictateurs bienveillants qui poussent les étudiants à avancer et à intervenir. Car sinon seuls les premiers ont leur voix à dire et même eux se lassent rapidement et n'engagent plus avec les activités de groupe.

Le forum et le wiki sont les deux outils clés pour mettre en commun et organiser des savoirs

L'apprentissage ne se fait pas seul, mais l'étudiant va plus loin quand il peut se confronter et se baser sur ses pairs et ses mentors, ce que Vytgosky et Leon'tev nomment "la zone proximale" de l'apprentissage.

Pour terminer je suis convaincu que Simple is beautiful et que le mashup est tout. Pourquoi refaire dans son coin ce que l'on peut embeder ou iframer chez soi.

Travaillons en OER et en CC, mais surtout structurons et pensons activités avant ressources.

Ce qui a changé dans ma pratique ce n'est pas ce que je fais, mais comment je le fais désormais.

Il y a des bémols toutefois dans mon enthousiasme. Travailler à distance demande une certaine autonomie, mais aussi une force, une discipline.

Et tous les cours, même de l'OU ne suivent pas forcément les canons de la bienfacture. Je pense notamment à ceux de l'école doctorale que je suis actuellement.

Par un manque de ce que je viens de citer auparavant, engagement des tuteurs sur les forums, activités claires à réaliser, etc. Les forums sont vides, seuls les trois premiers mettent une information que les autres lisent ou commentent d'un simple moi aussi.

Aucun cours n'est réellement dispensé en voici le tragique exemple.

Si bien que mon école doctorale je l'ai faite moi-même, en présentiel, avec des pairs d'universités proches de mon/mes domiciles à Genève et à Londres.

Voici pour ce qui est de mon voyage.... quel est le vôtre ?
Modifié le: vendredi 6 juin 2014, 10:31